Choisy Boxe

« Loucif » : une mélodie pour Hamani

Près de quatre ans et demi après le dernier round de sa vie, une chanson intitulée tout simplement « Loucif » fait remonter le merveilleux champion du Boxing Club de Choisy-le-Roi sur le ring de nos souvenirs… Entretien avec Nasser Negrouche, le parolier de cette œuvre lyrique saisissante.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cette chanson ?

Cela fait une vingtaine d’années que j’écris des articles, souvent poétiques, comme sa manière de boxer d’ailleurs, sur Loucif Hamani. Il m’a toujours inspiré à vrai dire… Le voir boxer, c’était s’élever vers le beau, la transcendance. La pureté de ses gestes, son style chorégraphique, son exigence esthétique le rapprochaient plus d’un artiste du ring que d’un combattant ordinaire. J’étais donc déjà nourri de cette expérience personnelle. J’ai eu la chance de passer dix années, au BC Choisy-le-Roi, dans les années 80. Tous les soirs, à la salle, Loucif nous éblouissait tous par sa boxe féérique. Entre nous, une belle complicité s’est installée et elle ne s’est jamais interrompue. Puis, sa mort, en 2021, a été un déchirement pour nous tous, sa famille, ses proches, ses fans… Même des années après, on a du mal à réaliser… Je crois que c’est cette ineffable absence, ce sentiment de manque, de vide laissé par sa disparition qui m’a donné envie d’écrire cette chanson.

Quel message avez-vous voulu passer à travers vos paroles ?

Il n’y a pas vraiment de message. J’ai écrit ce texte sans calcul ni objectif. Je me suis laissé guider par les émotions ancrées en moi, par le lien fort que j’ai toujours eu avec Loucif Hamani. La chanson célèbre son incroyable génie pugilistique évidemment mais aussi ses belles qualités humaines : humilité malgré son statut de star du ring courtisé par le Tout-Paris, gentillesse et sensibilité, solidarité avec les plus faibles, fidélité à ses racines, à ses amis… Je crois que, au fond de lui, Loucif avait évidemment conscience de son don pour la boxe mais il savait aussi que c’était un cadeau du ciel. Il ne s’enorgueillissait donc pas de ses facilités.

Comme tous les grands créateurs, il sentait qu’il était traversé par des forces supérieures, qu’il était l’instrument d’une magie qui le dépassait.

Comment passe-t-on de l’écriture d’articles, de poèmes, à la chanson ?

En fait, j’ai commencé à écrire des chansons il y a déjà quelques années, en amateur, pour des interprètes inconnus du grand public. Ce que je trouve fascinant, c’est de voir les mots prendre vie lorsqu’ils sont chantés et mis en musique. Avec « Loucif », l’idée était de créer un hommage qui ne se lit pas seulement, mais qui s’écoute, qui se ressent et qui se partage peut-être plus facilement qu’un texte.

Techniquement, comment vous vous y êtes pris ?

Etant totalement incompétent dans ce domaine et n’ayant pas les moyens de faire appel à un compositeur, à des chanteurs ou à des musiciens professionnels, je me suis intéressé à la composition assistée par l’intelligence artificielle pour pouvoir mener mes projets en toute liberté. Cela étant dit, je suis en contact avec quelques formations musicales qui seraient prêtes à s’investir à mes côtés dans la perspective d’une interprétation en live. Ce serait formidable ! On y travaille… 

Chanel, Picasso, Chopin… Dans votre chanson, vous associez le nom de Loucif Hamani à des références artistiques prestigieuses…

Je suis convaincu que, ces trois-là, auraient été fascinés par la boxe de Loucif Hamani ! Coco Chanel et Pablo Picasso adoraient la boxe comme Cocteau d’ailleurs, leur comparse. Mais ce qu’ils appréciaient, surtout, c’était sa dimension créative, symbolique. Pas la brutalité ni les K.O. Ils recherchaient autre chose, une sorte de grâce insondable. Celle-là même qu’incarnait naturellement Hamani sur le ring. Quant à Chopin, c’est son mélange de force et de douceur, de virtuosité et de sensibilité qui m’évoque aussi la boxe chorégraphique de Loucif.

Propos recueillis par Aline Pommier

Ajouter un commentaire

error: Ce contenu est protégé !